Les célébrations du mois d’août

Mes chroniques pour cette année 2019 rassemblent les rites et célébrations chrétiennes sur l’île de Bornholm et dans notre vie. Après le récit de notre mariage suivi des rites de nettoyage afin de transformer notre maison et convertir les anciennes bâtisses agricoles en un centre d’accueil, je vous ai présenté la tradition scandinave des feux de la Saint-Jean au début de l’été. Il reste encore un mois d’été avant l’équinoxe d’automne et, déjà, les journées caniculaires avec les nuits blanches s’estompent. Je vais vous parler des célébrations du mois d’août que j’ai bien connues autrefois et qui subsistent dans mes aventures danoises. La première est la nuit de Saint Laurent (10 août) et la seconde l’Assomption de Marie (15 août).

Ces deux fêtes catholiques sont très célébrées dans le sud de l’Europe et marquent les mois d’été et le temps des vacances. J’ai pris part à de nombreuses festivités dans le nord de l’Italie pendant mon premier mariage quand nous rentrions « à la maison » dans les Préalpes au nord-ouest de Turin, la région d’origine de ma belle-famille. La nuit de la Saint-Laurent nous sortions pour scruter le ciel à la recherche des étoiles filantes censées nous aider à réaliser nos vœux les plus chers et précieux. La Saint-Laurent tombe pendant la pluie de météores la plus populaire quand le nuage des perséides, visible de la mi-juillet jusqu’à fin août, est à son apogée.

Je suis en contact avec un parent éloigné de la famille de mon ex-époux. Angelo est un paysan de montagne qui vit toujours dans la vallée où il maintient les vieilles traditions agricoles. Il publie chaque jour sur Facebook des évocations des anciennes traditions, à la fois païennes et chrétiennes, qui scandent les saisons et les rythmes d’une vie austère dans les Alpes. Le 10 août il nous rappela de lever la tête vers le ciel et de se connecter avec les aspirations les plus fortes qui résident dans nos cœurs.  Puis, le 11 août, il partagea sa déception après une nuit froide et couverte qui réduisit à néant tout espoir de voir les étoiles filantes.

Quel est le lien entre la nuit de Saint-Laurent et Bornholm ? La réponse se trouve dans l’église ronde d’Østerlars. A l’époque du catholicisme, l’église était dédiée à Saint-Laurent et Østerlars se traduit, littéralement, par Lars de l’Est, Lars ou Lasse étant l’équivalent danois de Laurent. Les visiteurs de l’église peuvent apprendre tout cela en lisant les panneaux d’information tout comme on leur montre le symbole de l’église, une grille, nous rappelant le martyr de Saint-Laurent qui fût grillé sur le feu par le préfet romain pour avoir donné l’aumône aux pauvres. L’église ronde d’Østerlars prend une place importante dans mon paysage actuel me rappelant les autres lieux d’où je viens avec leurs traditions. Je sens le tissage entre toutes les expériences de ma vie et les ponts qui se construisent entre le passé et le futur. Plus je laisse ce tissage se faire et défaire, plus la tapisserie de ma vie devient riche en remplie.

Après l’observation de la descente des Cieux sur Terre à travers les étoiles filantes, nous entamons, quelques jours plus tard, la célébration de l’Assomption de Marie qui marque l’ascension directe de la Vierge Marie au paradis sans avoir connu les affres de la mort soulignant, ce faisant, le lien entre Terre et Cieux par un mouvement ascendant. Selon la tradition catholique Marie est doublement vierge ; elle représente, d’une part, la virginité de la conception et de la naissance et, d’autre part, celle de la mort ayant été épargnée des angoisses des expériences humaines. Les célébrations de la Vierge Marie remontent au 18ème siècle, probablement dans une tentative d’honorer les femmes dans un monde dominé par le pouvoir et les hiérarchies masculins. Tout autour de la Méditerranée, le 15 août est un jour sacré et très respecté. Que l’on se trouve en Grève, en Italie, en Espagne ou au Portugal, la vie publique s’arrête afin que les familles puissent se rassembler pour commémorer la Vierge Marie, à l’instar de Thanksgiving aux États-Unis. C’est un temps pour les remerciements, la gratitude exprimée et pour honorer le travail des femmes et des mères qui entretiennent les liens familiaux et la chaleur des foyers.

Depuis une année, nous organisons dans l’église ronde des rencontres méditatives inspirées de la tradition de Taizé. Une rencontre typique comprend quelques chants du répertoire de Taizé menant à un temps de silence, la lecture de textes sacrés et l’envoi dans le monde de nos prières et bénédictions. L’édition de cet été a été programmée pour le 15 août et, quand j’ai fait remarquer que cela correspondrait avec une importante fête catholique, Meghan, notre pasteur, décida de composer notre rencontre Taizé autour de la fête de l’Assomption de Marie. Nous avons de nombreux touristes polonais sur l’île, souvent des catholiques pratiquants. Je les observe se signer quand ils entrent dans l’église ou faire la génuflexion avant de s’assoir. J’étais certaine qu’ils apprécieraient de pouvoir honorer leurs traditions dans un paysage fortement marqué par la réforme de Luther, paysage ayant sans doute oublié son passé catholique.

La méditation Taizé de l’Assomption de Marie a été un franc succès et l’église était remplie à craquer. Nous avions choisi des chants qui honorent la Vierge Marie et nous avons lu le chant de Marie dans l’évangile de Luc. J’ai été très touchée que Meghan me demande de l’accompagner en lisant les textes en anglais après sa lecture en Danois et c’était un honneur de me tenir à ses côtés pour célébrer cette cérémonie. Le tout m’a paru très approprié, une manière de reconnaître le travail de toutes les femmes qui donnent d’elles-mêmes pour maintenir vivant l’Église, malgré ses déboires, tout en favorisant sa transformation et son alignement avec les principes de la pleine conscience.

En Italie, le 15 août s’appelle aussi Ferr’agosto (les fêtes d’août), soit un temps de repos après les durs labeurs dans les champs qui date de l’époque romaine. Il marque aussi un changement dans la météo avec les premiers signes de l’automne : orages, pluies et brumes matinales. Une certaine mélancolie entoure Ferr’agosto alors que les vacanciers se préparent à reprendre le travail et les enfants l’école. C’est le temps des reprises avec ses routines et ses sentiers mille fois empruntés. J’observe, moi aussi, ce changement avec moins de touristes sur l’île, des jours sensiblement plus courts et moins d’arrosage dans le jardin. Ayant passé une bonne partie de ma vie dans l’éducation, je goûte encore cette saveur toute particulière des rentrées académiques, avec son subtil mélange d’excitation, d’attentes et d’appréhension.

Dans mes contemplations sur ce tournant estival, j’en viens à me demander quelles sont les qualités que j’ai cultivées ces derniers mois ? Quels ont été mes rêves ? Quels sont les défis que j’ai acceptés d’empoigner ? Qui est cette nouvelle personne, toute ressourcée, qui marche sur un chemin qui s’efforce d’amener le Ciel sur Terre et de vivre selon les préceptes de la conscience élargie ?

Et vous ? Quelles sont les expériences de ces mois d’été qui vous soutiennent dans vos prochaines étapes ?

Avec mes meilleures pensées pour les voyages à venir, bien à vous

Nicole