Nettoyage, décrassage et assainissement

Comme la plupart des personnes vivant en Europe centrale, je considère les pays scandinaves comme étant très en avance en matière de développement durable et des modèles éclairés de conscience écologiques et de pratiques innovantes. La nouvelle star écolo suédoise, Greta Thunberg, illustre pour moi cette culture émergente qui fait du développement durable une priorité. Quand je suis arrivée à Copenhague, toutes mes espérances ont été satisfaites : des vélos partout, des services de transports en commun efficaces, des centres de recyclage à la pointe, aucune centrale d’énergie nucléaire et quantité d’alternatives innovantes à l’énergie fossile, pour n’en citer que quelques-uns. L’arrivée sur Bornholm a été une autre affaire.

Pendant longtemps, Bornholm était une île pauvre et isolée. L’accès facilité s’est développé en 2000 avec l’inauguration du pont d’Øresund qui relie Copenhague au Danemark avec Malmö en Suède, puis les ferrys grande vitesse entre Ystad en Suède et Bornholm remplaçant la seule liaison, une traversée de nuit de surcroît très lente. L’austérité et l’isolement ont généré d’autres pratiques en manière de développement durable. Par exemple, faute de prédateurs naturels, les rats prolifèrent sur l’île et il est pratiquement interdit de composter pour ne pas les attirer. La commune de Bornholm se vante d’avoir une préposée aux rats, une dame imposante qui prend en charge tous les problèmes de rats. La seule déchetterie existe depuis peu afin d’encourager les habitants à cesser de déposer leurs déchets et débris dans les arrière-cours et les champs. Contrairement à Copenhague, nous pratiquons le tri sélectif uniquement pour le papier, les autres matériaux étant laissés à l’appréciation d’initiatives personnelles à cause des coûts très élevés pour les acheminer par voie de mer vers les plus grands centres.

En d’autres mots, ce qui va de soi et fait partie de la vie courante dans la région de Copenhague s’est vite avéré un défi sur Bornholm nécessitant un peu de planification ; sans doute une invitation à être plus conscients de nos choix et de ne pas considérer le tri sélectif comme une évidence.  Nous avons été mis à l’épreuve à ce sujet quand nous avons décidé de rénover les bâtisses fermières adjacentes à la maison. La rénovation est toujours plus coûteuse et il aurait été plus facile et économique de tout raser et de bâtir à neuf, par exemple avec des structures en bois écologiques. Nous y avons sérieusement pensé, en pesant les pours et les contres, puis nous avons décidé de rester avec notre décision du début, à savoir honorer l’histoire de la maison et de sa ferme, transformer et rénover l’ancien et construire du neuf à partir de l’existent.

Au cours des travaux sur les anciennes écuries, nous avons été confrontés avec les habitudes locales d’amasser et d’enterrer les déchets. A nouveau, la pauvreté, l’isolement et l’espace à disposition encourageaient les habitant à accumuler les choses, à les empiler dans les fermes, puis à les enterrer quand ils avaient besoin de boucher un trou ou un cloaque. Tout autour de l’île de nombreuses fermes et maisons à moitié abandonnées portent des traces de cela et nous avons entendu des histoires abjectes sur ce qui est mis sous terre ou sur des maisons tellement remplies de détritus qu’il est impossible de s’y déplacer, sans parler des rats et souris qui gambergent allégrement.

Plus je prenais connaissance de l’histoire locale et des habitudes prises, plus je me suis rendue compte que notre grand projet de transformation consistait en une vaste opération de délestage, de mise en ordre et de nettoyage du passé. Tous les accrocs rencontrés dans les travaux de rénovation pointaient dans cette direction. Il était grand temps de se défaire du vieux et de faire place neuve pour le nouveau et j’y ai mis tout mon cœur : nettoyer le sol sous les fondations des nouveaux bâtiments et acheminer les ordures et déchets vers la déchetterie ; nettoyage à fond de la maison pour redécouvrir les joies du ménage ou du home care en anglais qui veut littéralement dire les soins apportés à la maison ; nettoyage du jardin, des haies qui l’entourent ainsi que du petit bois qui longe le jardin et construction d’une nouvelle clôture avec les branches coupées. Sans grande surprise, les grands travaux ont ouvert la voie à de plus petites tâches comme le nettoyage de ma liste de contacts en enlevant les noms de personnes dont je ne me rappelais plus, le tri de mes livres (une activité vers laquelle je reviens sans cesse), le tri dans les tiroirs et armoires, le renouvellement de mes documents d’identité. Ce dernier s’est avéré une aventure surprenante d’embrouilles, donc pas une petite affaire vite réglé et un sujet chaud à développer plus amplement dans mon prochain blog. Toutes ces activités ont été bénéfiques pour que je mette le doigt sur le constat que je m’engage corps et âme dans les nettoyages et les rangements et que ma vie est remplie d’occasions qui m’ont permis d’entendre l’appel et d’agir en conséquence. J’ai pu observer mes propres tendances à accumuler, mes difficultés parfois à lâcher prise, mes besoins de m’attacher à des choses ou à des personnes afin de me sentir en sécurité et de me rassurer quant à mon sentiment d’appartenance, toutes ces choses qui font office de seconde peau ou de filet de sécurité chaque fois que je quitte un lieu pour aller m’établir ailleurs.

Au cours des dernières semaines, j’ai décidé d’accueillir ouvertement toutes ces expériences et de rendre hommage à ce que j’appelle désormais mon énergie de nettoyeuse qui, je le reconnais, peut ressembler à une activité maniaque quand je m’y mets. Il suffit de demander à John ! Vive les grandes opérations de nettoyage et de purge de la fange afin de laisser entrer plus de lumière. Mes expériences autour de la maison reflètent des problématiques semblables au niveau planétaire, par exemple # trashtag. Nous ne pouvons plus enterrer nos ordures ou balayer sous le tapis pour remettre le problème à quelqu’un d’autre. L’invitation désormais est aux grands nettoyages tant de nos maisons que de nous-mêmes ; il est temps de se défaire de notre passé (individuel et collectif) encombrant et chargé énergétiquement et de se préparer au renouvellement.

J’ai pensé à la citation d’Einstein « Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes avec le même système de pensée qui les ont créés ». C’est pourquoi nous devons retirer les toiles d’araignées et la poussière qui encombrent notre vision, au sens propre et figuré, et se mettre à l’écoute et à disposition de ce qui nous vient du futur. Lorsque nous prenons conscience des vieilles structures et de nos systèmes de croyance, quand nous les recyclons et compostons, alors les transformations deviennent possibles et ouvrent grand les portails vers de nouvelles perspectives. J’ai beaucoup de plaisir et d’énergie pour mes grands travaux dans la maison pour en faire un lieu de paix et de beauté. Je vous souhaite également de profiter pleinement de la liberté qui nous vient quand nous relâchons notre passé encombrant.

Bien affectueusement

Nicole