Rituels pour devenir Un

Le mois de février a été un mois très spécial pour nous, un temps pour célébrer les unions sacrées, pour explorer des formes inexprimées d’intimité et pour cheminer sur des sentiers méconnus vers plus de connexion. Nous avons découvert la valeur des rites de passage pour franchir les seuils rencontrés, chacun apparaissant comme un panneau indicateur sur le parcours de notre quête de la plénitude et de la totalité.

Le premier rite a été notre mariage qui a eu lieu le samedi 9 février en l’église ronde d’Østerlars. C’était une cérémonie simple et intime réunissant quelques amis et compagnons de route de la conscience élargie. Se présenter devant l’autel pour célébrer notre Amour et bénir notre union a été un voyage épique puisque nous avons dû naviguer bien des complications administratives pour obtenir l’autorisation de mariage.

Le Danemark est un pays où les mariages religieux et civils sont équivalents et où le prêtre est également un fonctionnaire d’état civil assermenté. Notre démarche spirituelle, fondée sur les principes de l’Amour conscient était très claire pour nous, comme pour Meghan notre prêtre paroissial qui nous a mariés. Nous étions loin de savoir que, quelle que soit la pureté de nos motifs pour se marier, nous aurions également à traverser un parcours administratif qui se moque du développement spirituel et se préoccupe davantage de vérifier le bienfondé d’une union entre un citoyen danois et une étrangère. Nous avons passé quatre semaines assommantes à rassembler les documents et papiers officiels pour répondre aux exigences d’une nouvelle procédure qui était si nouvelle que personne ne savait vraiment comment s’y prendre. Meghan a été majestueuse en puisant dans ses talents et compétences pour démêler les complexités bureaucratiques me soutenant à chaque étape pour surmonter les obstacles administratifs tandis que j’attaquais de front les couacs techniques dans un environnement numérique qui exige que tout soit fait en ligne. Fort heureusement, bien que cette partie du parcours ait été très dramatique, nous nous sommes tous rappelés que l’amour triomphe de tout et que la vérité et la puissance d’un amour incarné vient à bout de tous les méandres administratifs. Il n’en demeure pas moins que j’ai bien senti la piqûre de rappel qui fait de moi une étrangère devant défendre sa place et que j’ai été secouée dans mon sentiment d’appartenance.

En même temps, le harcèlement et le stress des démarches administratives ont renforcé la beauté de la célébration spirituelle. Fort heureusement, j’ai pu profiter de quelques jours de grâce et de félicité entre l’obtention de l’autorisation et la cérémonie. J’ai ensuite pu pleinement vivre notre mariage en savourant la lenteur et la simplicité de la cérémonie que nous avions conçue avec Meghan et en goûtant chaque étape : l’entrée dans l’église au sons de l’Ave Maria de Schubert chanté par notre amie Anne aux côtés de ma chère amie Margaret venue de Nouvelle-Zélande ; l’énergie féminine puissante qui nous a accueillies tandis que nous tournions autour du pilier central pour apparaître arrivant de la porte Nord traditionnellement réservée aux femmes ; l’inclinaison devant Anne pour rendre hommage à sa voie divine ; la présence devant l’autel  de John magnifiquement vibrant d’émotions ; le récit de Meghan narrant notre histoire qui a commencé en Ecosse pour nous mener à Bornholm ; le mélange de psaumes anglais et danois avec une balade écossaise (une révision de Loch Lomond) ; le rite de devenir une chair puis de prendre place en face de nos témoins ; et, finalement, le cérémonial où nous avons allumé deux bougies à l’autel pour ensuite avancer vers le pilier pour y allumer une plus grande bougie représentant notre Amour et notre Lumière rayonnant dans le monde.

La réception a eu lieu au presbytère et j’ai pu goûter aux traditions des noces danoises. Le moment le plus fort pour moi a été la valse des mariés. Après avoir découpé le gâteau, John et moi avons été invité à danser alors que l’organiste devenu pianiste à jouer un air traditionnel au piano. Tandis que nous dansions, nos invités nous ont encerclés se rapprochant de nous tout en tapant dans les mains.  C’était comme une bénédiction nuptiale qui m’a procuré un sentiment profond d’appartenance et de devenir une chair non seulement avec John mais aussi avec ma nouvelle communauté de référence avec ses traditions et rites. Il y a aussi eu mon changement de nom et ma décision de me dépouiller de mon ancien nom de mariée (Rege Colet) pour en assumer un nouveau (Christensen-Johnson) honorant nos deux lignées paternelles.

Notre mariage nous a naturellement conduit vers la première expérience de we-space (espace de nous) organisé par Yggdrasil Living Wholeness sous le patronage de Stephen Busby. Il n’y avait pas de rupture entre les deux événements, ni de sentiment de disjonction énergétique entre une situation et une autre. Bien au contraire, nous avions conscience de la continuité entre la cérémonie de mariage et la tenue d’un espace de nous. Dans les deux cas, nous honorons et renforçons nos capacités innées à nous lier les uns aux autres et de choisir et rechercher des relations de collaboration et de bien-être. L’invitation consiste à devenir intéressé, impliqué et soutenant les uns envers les autres et aussi envers soi, autant de principes clés qui font partie des vœux de mariage dans de nombreuses traditions.

En tout, nous étions neuf personnes. Une moitié à logé dans notre maison, Ny Elleskov, tandis que l’autre moitié a dormi dans la maison de notre voisine 200m plus bas dans la rue. Pendant cinq jours, nous avons tenu nos séances et pris nos repas dans notre maison. Ce faisant, nous avons exploré de nouvelles manières de « vivre ensemble » en développant l’écoute attentive, l’attention portée les uns aux autres, en renonçant à toutes attentes et à des résultats prédéfinis, prêt à accueillir tout ce qui émerge dans un tel espace ouvert.

Il est toujours difficile de mettre en mots les expériences menées dans le domaine de la conscience élargie et des énergies subtiles. Il est bien plus facile pour moi de m’appuyer sur le talent de Stephen pour capturer l’essence de ce qui se passe dans un espace de nous et de vous laisser savourer sa description. « Pas d’agenda, pas de programme, pas de défenses contre ce qui est difficile. Une raison d’être qui se déploie et qui se dit, en temps réel, à travers un travail personnel brut et courageux. Nous connaissons ce travail qui émerge du silence, qui consiste à apprendre à attendre, pour toujours, et de parler dans les fissures qui n’étaient pas là ; ce travail que nous faisons les uns pour les autres parce qu’il appartient à tous, parce que chacun de nous est révélé et défait chaque fois que nous nous approchons, au plus profond, de notre douleur, de l’inconnu et que nous sommes rappelés à notre mémoire chaque fois que nous tombons, pour la première fois, sur un partie étonnante de nous-même et que nous y reconnaissons la maison. »

Les rituels sont une partie importante dans la tenue d’un espace ouvert avec une structure souple. Ils prennent forme dans les méditations matinales, la préparation des repas, les soins apportés à la maison, une marche vers l’église ronde pour chanter dans le pilier central, une escapade en bord de mer pour sentir l’ampleur de la mer Baltique, un repas de fête, le dernier soir, avec un bekkhoff alsacien apporté à Bornholm en souvenir de mon temps à Strasbourg, un cercle autour d’un feu de joie très enfumé pour exprimer notre gratitude pour notre travail et ensuite adresser nos vœux et invocations pour un monde meilleur, une soirée placée sous le signe du Hygge où, blottis les uns contre les autres, nous échangeons des récits de vie héroïques.

L’espace du nous nous a permis, à John et à moi, de prendre conscience des qualités nourrissantes de notre maison et de notre rôle comme gardiens de l’espace et comme hôtes pour des expériences d’espace du nous, voire plus. Nous savons désormais que notre amour imprègne la maison et les alentours. La maison profite de notre incarnation de l’Amour et l’énergie transformatrice puissance de l’amour peut essaimer dans le monde touchant toutes les personnes appelées à venir passer du temps ici.

Pendant les dix jours de notre mariage et de l’espace du nous, nous avons été bercés par le silence et la quiétude. Miraculeusement, et sans l’avoir demandé explicitement, les ouvriers ont pris une longue pause nous laissant ressentir la maison et ce qu’elle nous demande. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une nouvelle phase de remue-ménage – très bruyant de surcroît – tandis que les ouvriers éventrent et creusent les fondations des anciennes écuries et de l’atelier pour en faire un espace d’accueil pour les hôtes et nos activités. Les graines semées sont déjà en train de pousser et quand tout sera fini, nous pourrons fêter la rénovation et l’engagement des corps de métiers avec une grande fête pour que tous puissent venir voir ce qui a été transformé. Une nouvelle opportunité pour se réunir en collectif et dans un espace du nous pour honorer la bonté de la vie.

Bien affectueusement

Nicole